Pendant longtemps, on nous a expliqué que si certains quartiers vieillissaient en Martinique, c’était faute de moyens… Ahhh les moyens !!! Le rapport de contrôle de l’ANCOLS raconte une autre histoire.
Mais au fait c’est quoi ce machin l’ANCOLS ??? Bah c’est juste l’Agence Nationale de Contrôle du Logement Social. Le gendarme du secteur. Alors parfois le contrôle tourne à l’histoire dérangeante. Une histoire où l’argent existe, où la capacité d’investir existe, mais où la réhabilitation attend. En 2018, la SIMAR disposait d’une structure financière exceptionnelle. Des dizaines de millions d’euros de trésorerie, une rentabilité élevée, une capacité d’autofinancement solide. L’ANCOLS écrit même que l’organisme dispose des moyens nécessaires pour remettre à niveau son patrimoine ancien. Ya plein de pognon !!!!
Et pourtant…
Le même rapport constate qu’entre 2014 et 2018, aucune réhabilitation lourde n’a été réalisée, alors que l’essentiel du patrimoine ancien en avait besoin. À Floréal, près d’un millier de logements construits dans les années 1960 présentent des dégradations importantes : façades fatiguées, halls dégradés, boîtes aux lettres vétustes, parkings abandonnés, dispositifs de sécurité défaillants. L’ANCOLS relève qu’aucune réhabilitation lourde n’y est programmée à cette date. C’est DALO !!! oups non c’est ballot !
Plus étonnant encore, l’Agence ne reproche pas seulement le retard accumulé. Elle juge que la programmation future elle-même est “nettement insuffisante” au regard des besoins, alors même que le modèle économique est considéré comme parfaitement soutenable. Et comme si cela ne suffisait pas, le plan stratégique prévoit parallèlement de rapprocher progressivement les loyers des plafonds autorisés lors des relocations. En gros… Les moyens existent. Les besoins sont connus. Mais les investissements restent insuffisants… tandis que les loyers sont appelés à augmenter. Mais… on dirait GBH ???
“Le personnel de proximité est quasi exclusivement mobilisé sur le recouvrement des loyers et ne peut assurer convenablement d’autres missions utiles à la société comme la surveillance des résidences ou le suivi des réclamations.“
Le contraste devient encore plus saisissant lorsqu’on regarde le fonctionnement interne. Oh my god !!!! L’ANCOLS relève des salaires supérieurs de 49 à 100 % aux références nationales, des charges de personnel structurellement élevées, tout en constatant que les dépenses d’entretien sont faibles au regard des besoins du patrimoine. Nom d’un Petitbonum !
Le problème n’est évidemment pas de désigner les salariés comme responsables, franchement tant mieux pour eux. Le problème est celui des priorités et de la mission : La mission d’un bailleur social est sauf erreur de mettre durablement à disposition des personnes aux ressources modestes ou défavorisées des logements décents, abordables et adaptés à leurs besoins, afin de garantir l’effectivité du droit au logement. Cette mission ne se limite pas à produire, elle comprend également l’entretien et la réhabilitation du patrimoine, l’attribution des logements selon des critères sociaux, la maîtrise des loyers et des charges, l’accompagnement des ménages en difficulté et la contribution à la mixité sociale et à l’aménagement équilibré des territoires. (#balanceTonBailleur) En Martinique, cette mission revêt une importance particulière bordel !!! compte tenu de la vie chère, du vieillissement de la population, de la rareté du foncier, des risques naturels et de la nécessité d’adapter le parc aux réalités locales. L’objectif premier n’est donc pas la performance financière du bailleur, mais la satisfaction des besoins en logement de la population dans une logique d’intérêt général.
À quoi sert une trésorerie exceptionnelle si elle ne permet pas d’accélérer la remise à niveau des logements occupés par des milliers de familles ? À quoi sert une rentabilité élevée si le patrimoine ancien continue de vieillir ?
Ce qui fait le plus malocul ! c’est que, six ans après ce contrôle, le rapport d’activité 2024 présente encore sauf erreur, Floréal principalement sous l’angle des diagnostics, des études et des scénarios d’évolution, sans calendrier détaillé de réhabilitation lourde clairement établi, tandis que Dillon est programmé jusqu’en 2032 avec un financement annoncé reposant sur des subventions publiques et de nouveaux emprunts.
Pendant ce temps, les effectifs de la SIMAR sont passés si on lit bien, d’environ 98 à 153 collaborateurs, alors que le parc n’a progressé que modestement. La question n’est donc plus seulement financière. Elle devient une question de gouvernance, de stratégie, de choix.
Parce qu’au fond, le rapport de l’ANCOLS ne décrit pas un bailleur pauvre. Bonda Manmanw !!!
Il décrit un bailleur riche en moyens, mais pauvre en investissement patrimonial au regard des besoins constatés. Voilà pourquoi je détournerais aujourd’hui l’acronyme : SIMAR = Société Immobilière des Moyens Accumulés et des Réhabilitations ajournées.
Les locataires n’attendent pas des diagnostics éternels.
Ils attendent que les moyens disponibles se traduisent enfin par des immeubles rénovés, des quartiers revalorisés et un patrimoine social digne de celles et ceux qui y vivent.
NB : ce billet constructif et bienveillant s’appuie sur le rapport de contrôle ANCOLS publié en 2020 (portant principalement sur la période 2014-2018) ainsi que sur le rapport d’activité 2024 de la SIMAR. Il ne prétend pas établir une illégalité, mais interroge les choix de gestion et les priorités d’investissement à partir des constats figurant dans ces documents.
A suivre ICI : En Martinique l’insoutenable légèreté des bailleurs sociaux renchérit … la vie
Ou encore ICI : Et si, pour une fois, on arrêtait de parler des Martiniquais… pour enfin les écouter ?

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