Martin Bouygues débarque en Martinique en catimini. Non, c’est pas une nouvelle classe de bateau sur la Route du Rhum, c’est une tractation commerciale dans l’antichambre d’une histoire locale déjà si tourmentée. BBS (Maison La Mauny, Trois-Rivières, Duquesne) fait l’objet d’un rachat par le groupe Les Bienheureux (Bouygues et Moueix)… depuis un moment, c’est vrai CAMPARI buvait la tasse…quelle ironie pour une boite de spiritueux.
C’est quand même perturbant, le rhum, dont l’histoire est indissociable de la traite, est un symbole de prestige pour de puissants conglomérats, sur un territoire où une partie de la population se paupérise. Un peu comme une Rolex sur le poignet d’un quiqua de droite…
Les uns dégustent, les autres boivent le bouillon.
Martin, bien connu pour ses liens avec la Françafrique, sa conception toute néocoloniale du droit du travail (condamnation du Groupe pour travail dissimulé) et sa participation à des chantiers pharaoniques, comme la « route la plus chère du monde » à La Réunion, passée de 930 millions à 2,5 milliards d’euros…, vient de mettre la main sur plus de 700 hectares de terre martiniquaise. Et ce, au moment même où l’on prétend lutter contre l’accaparement des terres et la spéculation. Oups …

En décembre 2011, l’Autorité de la Concurrence avait contraint La Martiniquaise trop gourmande à revendre BBS pour éviter une concentration excessive du marché. C’est à la suite de cette obligation de revente que BBS est passée entre les mains du groupe Chevrillon (2012), puis du groupe italien Campari (2019), avant d’être finalement rachetée par Les Bienheureux.
Heureusement tout le monde semble ok sur cette transaction qui est parfaitement légale et classique. Ouf. La loi c’est bien, ça permet de mettre des enfants en GAV en les assimilant à des terroristes.
Certes, la préfecture parle de « changement d’actionnariat » et exige la rétrocession de 160 hectares dont seulement 35 de terre agricole (et dans 3 ans). Il en reste un peu plus de 500 sous contrôle d’un actionnariat dont Bouygues fait partie. Voilà la lutte contre la concentration foncière version holding familiale. (La loi Sempastous (loi n° 2021-1756 du 23 décembre 2021) encadre la transmission des parts sociales des sociétés détenant ou exploitant des terres agricoles pour lutter contre l’accaparement et la concentration excessive des exploitations.)
Nul doute que ce projet philanthropique permettra aux bienheureux Martiniquais de boire du rhum en béton !

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