HISTOIRE DÉAU
Marianne ou le consentement à la soumission
Dans Histoire d’O, le célèbre roman de Pauline Réage, une femme accepte progressivement de renoncer à sa liberté au profit de ceux qui exercent sur elle leur pouvoir. Au-delà de sa dimension érotique, c’est un bouquin qui soulève au dela des jupes, une question philosophique vertigineuse :
Une domination devient-elle légitime simplement parce que celle qui la subit semble y consentir ?
Mais bon sang !!! et si cette histoire était aussi celle de Marianne, notre République, dont la soumission progressive aux exigences du marché et de la finance serait présentée comme un choix libre, rationnel et inévitable ? Prenons le cas de Thierry Déau, fondateur de Meridiam, société d’investissement spécialisée dans les infrastructures, notamment publiques, le magicien du PPP (Partenariat public privé) ou de la Concession, des CDI juteux pour un écosystème financier et industriel qui s’organise autour du financement, de la construction et de l’exploitation d’infrastructures qui répondent à des besoins collectifs. En gros des opérations au cours desquelles un besoin collectif devient le support d’une chaîne de revenus privés.
Autant dire que ce type de machin a été largement utilisés par les collectivités, et par l’Etat. Bah oui, pourquoi faire seul ce qu’on peut déléguer à des oeuvres de charité, comme VINCI, BOUYGHES, ou MERIDIAM en s’affranchissant des règles de la commande publique ? Au grand dam de la Cour des Comptes ou de l’inspection générale des finances qui ont largement dénoncé et documenté des gabegies.
Soutien précoce d’Emmanuel Macron, dont il a accompagné la campagne de 2017, y compris dans sa levée de fonds, Thierry Déau a également participé à l’offensive de Veolia sur Suez. Aie bon dié ! Il a même rencontré à cette occasion Alexis le Kohlérique à l’Elysée, rien que ça…
En 2021, le Parquet national financier ouvrait une enquête pour soupçons de trafic d’influence, après une plainte syndicale mettant notamment en cause Thierry Déau, Antoine Frérot et Alexis Kohler, alors secrétaire général de l’Élysée. Les plaignants soupçonnaient des interventions au sommet de l’État destinées à favoriser l’opération. Des accusations qui ne constituent évidemment pas des faits judiciairement établis… restons prudents et laissons le PNF faire son boulot avant sans doute d’être dissous par la droite prédatrice…
Bon au-delà de cette affaire, une question bien plus fondamentale se pose.
Comment des acteurs financiers privés, dont la rémunération dépend notamment des infrastructures et services qu’ils financent et exploitent, ont-ils acquis une telle place dans la définition et la réalisation de l’intérêt général ?
Pourquoi l’État choisit-il parfois de rémunérer durablement des investisseurs privés pour financer des infrastructures qu’il pourrait réaliser sous maîtrise publique ? Qui détermine réellement les conditions de ce prétendu libre choix ? Qui en mesure le coût complet ? Et qui en bénéficie ? Tout ceci est-il vraiment transparent comme une tenue en latex? Méridiam entreprise à “mission” est-ce une posture sexuelle ? Tout plein de questions sérieuses se posent.
Ne transformons nous pas en actifs rentables les instruments mêmes de notre solidarité, pour présenter ensuite leur renchérissement comme la preuve que nous n’avons plus les moyens de financer collectivement notre protection sociale. C’est la que Francis CABREL se serait indigné : “est ce que ce monde est sérieux ?”

Lorsque Marianne accepte de contractualiser sa dépendance financière, économique et parfois opérationnelle, consent-elle librement, ou finit-elle par intérioriser l’idée qu’elle ne saurait plus se passer de ceux dont elle dépend ? Lorsque de telles décisions sont prises au nom de l’intérêt général, dans des cercles où se côtoient dirigeants politiques, hauts fonctionnaires et investisseurs, quelle place reste-t-il à la souveraineté populaire ? Le plus drôle, c’est que hauts fonctionnaires, politiques, et cadres dirigeants sont échangistes (vous les croiserez aussi aux Chandelles mais c’est un autre sujet), ils sont tour à tour serviteur serviable puis maitre sévère et intraitable. Alexis Kohler dir cab de Macron est devenu directeur général adjoint de la société générale, Julien Denormandie ex Ministre de l’Agriculture devenu Senior advisor et membre du conseil de surveillance du fonds d’investissement RAISE, Jean-Michel Blanquer dans un machin proche de VEOLIA, Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur Conseiller stratégique de Shein… Olivier Dussopt après avoir porté la réforme des retraites, devient conseiller d’entreprises puis président d’un groupe majeur de prise en charge de la dépendance, cette grosse saloperie d’ORPEA, renommée Emeis en catimini… (et tous les autres).
Qui lui a réellement demandé son consentement, à Marianne ???. Joel GUERRIAU ? Dominique PELICOT ? Dédé la Saumure ?
Et si la plus troublante des histoires Déau était celle d’une République persuadée d’être libre parce qu’elle a signé elle-même les contrats de sa dépendance ?
https://www.igf.gouv.fr/rapports-de-mission/evaluation-des-contrats-et-marches-de-partenariat
https://www.ccomptes.fr/fr/documents/1122
https://op.europa.eu/webpub/eca/special-reports/ppp-9-2018/fr

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