*(démocratique) ! Réparer la Martinique : donner au peuple le pouvoir de penser son avenir ?
(Prémisse.. simples mais toujours utiles, « Veuillez écouter tout d’abord quelques messages personnels »)
L’histoire de la Martinique est celle d’un territoire et d’un peuple façonnés à la fois par une domination brutale, une exploitation ininterrompue et une dépossession cynique. Depuis le génocide initial de ses premiers occupants jusqu’à la chosification et l’asservissement sans fin d’une population déportée, depuis le colonialisme barbare jusqu’à son avatar néocolonial capitaliste, un même fil rouge traverse les siècles, celui d’un viol systématique du consentement, d’un contrôle économique et social exercé sans partage. Fin du game.

Ce que l’on présente aujourd’hui comme un système “libéral” n’est qu’une nouvelle forme de soumission, où l’État français joue le rôle de chef d’orchestre impersonnel et paternaliste par la voix de son commis, le préfet-gouverneur aux multiples visages et où quelques acteurs économiques prospèrent sur la destruction du tissu social, la déstructuration des solidarités familiales, l’empoisonnement des terres, la colonisation des croyances et la perpétuation d’un rapport de domination maquillé en modernité. Les blessures ne se sont pas refermées elles ont muté. Aux chaînes de fer ont succédé des chaînes invisibles mais tout aussi réelles, ancrées dans la mémoire collective et renforcées par des politiques publiques et économiques qui, au lieu de réparer, continuent d’aggraver les fractures… et la facture globale.
Les dégâts sont multiples. Ils sont psychologiques, transmis de génération en génération sous forme de traumatismes inscrits dans les corps et les esprits, sociaux, avec la destruction progressive des structures autonomes de subsistance et d’entraide, Ils sont aussi écologiques, à l’image du scandale du chlordécone, qui empoisonne la terre comme un « tatouage indélébile » du mépris pour ceux qui l’habitent. Ils sont politiques, avec une démocratie de façade où le peuple n’a jamais réellement eu sa place.

Il est temps d’engager une réparation. Bah non !! pas un simple dédommagement financier individuel qui ne ferait qu’alimenter la machine consumériste et renforcer la dépendance, une réparation authentique, structurelle, fondamentale, une refondation.
Cette réparation doit à la fois émaner de l’État et des acteurs économiques, tenants d’un système destructeur qui a trop longtemps privatisé les profits et socialisé les pertes (externalités négatives du capitalisme). “Zot ka dwé nou” !
Fanon disait qu’il fallait se garder de vivre dans un monde de réparation rétroactive, mais c’est ici de justice restauratrice dont il s’agit.
Cette Réparation consiste évidemment en l’octroi légitime de moyens financiers adéquats, mais elle ne s’y limite pas, elle implique un changement profond de mentalité et la levée des freins invisibles, neutralisants dans l’ombre l’émancipation d’un territoire, elle implique un engagement majeur des politiques nationaux de tout bord pour expliquer les enjeux à une opinion largement façonnée, elle est sous tendue par la facilitation des initiatives parlementaires hors des clivages partisans. C’est là probablement le véritable défi, dans une période de retour en force de l’obscurantisme.
C’est le combat final pour l’émancipation, celui qui fera qu’enfin le Martiniquais ne sera plus condamné à se mordre et à mordre, et c’est la nation entière qui en sera bénéficiaire.
Ce n’est qu’au prix de cette justice restauratrice que nous pourrons envisager une réconciliation véritable, une paix durable et une reconstruction dans une interdépendance assumée. L’heure de (nous-même) solder les comptes a sonné.
En résumé en suivant les mots forts du CPE « Gabriel Attal : «Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies le peuple, on t’apprend à le respecter».
la Martinique peut-elle continuer à traiter séparément des problèmes qui sont, en réalité, les différentes manifestations d’une même crise territoriale, économique, sociale et démocratique ?

Ils interagissent, se renforcent et finissent par compromettre la capacité du territoire à construire son propre avenir. En vrai aujourd’hui on veut plus seulement savoir comment résoudre chacun de ces problèmes, ça n’a pas de sens de réfléchir façon puzzle !
Quelle Martinique voulons-nous construire pour les vingt ou trente prochaines années, avec quels moyens, selon quelles priorités et, surtout, qui doit en décider ?
C’est là que prend tout son sens l’idée d’une grande convention citoyenne martiniquaise.
Une convention citoyenne élargie pourrait constituer le cadre général permettant de relier ces réflexions et de transformer une multitude de propositions sectorielles en un véritable projet collectif de territoire. “Il ne s’agit plus de revendiquer. Revendiquer, c’est placer un autre pouvoir, au-dessus de soi, qui possède les moyens et qui pourra céder, sous la pression, des concessions plus ou moins importantes sur lesquelles il n’aura de cesse de revenir.”
C’est pas de la « com », ni un programme politique préalablement écrit qu’on demanderait sournoisement aux habitants de valider, c’est un exercice de démocratie délibérative insurrectionnelle : donner aux Martiniquais les informations, les moyens et le temps nécessaires pour définir eux-mêmes leurs priorités, confronter les options et construire des arbitrages.
C’est trop compliqué ??? un an, structuré en quatre étapes.

Fini les simples cahiers de doléances qui servent à caler des politiques publiques bancales…
Pour beaucoup, la démocratie participative se limite à un plébiscite formel post-décisionnel. C’est toute l’ambiguïté de la démocratie participative, on peut la voir comme un partage du pouvoir de décision, ou comme un simple instrument de légitimation d’une décision déjà prise. Et on veut surtout pas reproduire, dans la réflexion collective sur l’avenir de la Martinique, les « cloisonnements administratifs » qui contribuent précisément à fragmenter les politiques territoriales.
L’évolution statutaire ne peut se réduire à un simple changement de « Mac ».
Cette démarche doit conduire à examiner sans tabou les institutions, la répartition des compétences, le rapport à l’État, les mécanismes de dépendance économique et les responsabilités historiques. Sans présupposer qu’une évolution statutaire particulière serait nécessairement la réponse.
Une question politique centrale :

La notion de réparation donne une profondeur particulière à cette démarche. Il ne s’agit pas seulement de réparer le génocide, la traite et ses métastases modernes, mais de remettre en état un territoire dégradé par un « squatteur parasite » : produire, transmettre, habiter, décider, prendre soin des personnes mais aussi du vivant.
Cette convention ne doit évidemment pas être (comme à l’accoutumée) convoquée pour démontrer la validité d’un projet déjà défini par de petits malins qui bricolent des mémoires fantasques aux frais du contribuable. Sa force démocratique repose précisément sur la possibilité laissée à la population de formuler ses propres réponses, y compris celles que les initiateurs n’avaient pas envisagées. En gros, ne pas proposer une fois de plus aux Martiniquais un nouveau projet pour la Martinique, mais leur proposer les moyens d’élaborer eux-mêmes un projet de Martinique.
Descendre dans la rue ne suffira pas.
Le capitalisme ne va pas s’effondrer tout seul, il faut s’en préoccuper !

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