Libérer la jeunesse martiniquaise

Libérer la jeunesse, décoloniser l’éducation

Le temps de la réparation est venu.

On demande à notre jeunesse d’apprendre, de réciter, de s’adapter puis de souffrir au travail, comme nous, parce que la vie est dure! BASTA ! Mais combien de jeunes quittent l’école sans avoir découvert ce qu’ils savent réellement faire, ce qu’ils veulent devenir, ni même qui ils sont ? À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse notre rapport au savoir, continuer à remplir des têtes n’est plus suffisant. « Le travail du maître n’est pas d’enseigner, mais d’éveiller. » Et si la Martinique osait autre chose ? Lâcher la bride pédagogique. Expérimenter. Donner une deuxième chance à ceux que l’école perd. Permettre à chaque jeune de trouver sa voix plutôt que de réciter une leçon. Le véritable échec serait peut-être celui-ci, voir une génération entière partir « dans sa tombe avec son chant encore à l’intérieur d’elle-même ».

Il est temps de libérer la jeunesse martiniquaise.

C’est par l’éducation que la Martinique peut reprendre la main sur son destin. L’Education Nationale est devenue une usine à gaz politique de consolidation des inégalités. La révolution de l’intelligence artificielle transforme profondément notre rapport au savoir et au travail. L’école traditionnelle, pensée comme un système de transmission verticale des connaissances, est dépassée, débordée, noyée. Face à l’IA, ce n’est plus la quantité de savoir accumulée qui compte, mais la capacité à comprendre, se comprendre, analyser, structurer et réinventer. Mais surtout critiquer ouvrir les yeux ne plus rien accepter pour acquis. La forme scolaire est figée depuis trop longtemps.

Il faut donc nous donner la liberté d’expérimenter.

Zot ka doué nou !

Construire en Martinique un cadre éducatif inspiré des meilleures pratiques, mais profondément ancré dans nos réalités. Fanon constatait déjà que la psychiatrie européenne, appliquée telle quelle dans les colonies, ignorait les réalités culturelles, sociales et politiques des populations locales. Pourquoi en irait-il autrement de l’éducation ? Chercher aussi ailleurs tout ce qui fonctionne, tenir compte de nos singularités, essayer, s’autoriser à échouer pour trouver. Lâcher la bride pédagogique. Briser les chaînes. Créer un territoire d’indépendance pédagogique où le bien-être des élèves, leur épanouissement et leurs potentialités seraient placés au centre.

« Le but de l’éducation est de transformer des miroirs en fenêtres. » Sydney J. Harris

Éduquer, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. L’éducation ne devrait pas seulement transmettre un savoir extérieur, mais aider chaque individu à découvrir, comprendre et exprimer son potentiel unique. Si chacun possède une « mélodie intérieure », le rôle de l’école n’est pas de lui imposer une partition extérieure, mais de l’aider à entendre cette mélodie, à la comprendre et à lui donner les moyens de l’exprimer. Ca suppose à minima une éducation fondée sur l’écoute et l’exploration, sur le développement de l’autonomie, sur le droit d’expérimenter et sur une autre conception de l’échec : non plus une sanction, mais une étape naturelle de l’apprentissage.

« Le travail du maître n’est pas d’enseigner, mais d’éveiller. » Ernest Renan

Cette liberté doit aussi offrir une réponse à ceux que l’école laisse aujourd’hui au bord du chemin. Cette forme scolaire ne convient pas à toustes. La création du premier Lycée Public Autogéré de Martinique ne doit pas être taboue. Inspiré du Lycée Autogéré de Paris ou du Lycée Expérimental de Saint-Nazaire, il offrirait aux jeunes en situation de décrochage une possibilité de reconstruire un projet personnel avant l’abandon total du système scolaire. Donner une deuxième chance avant qu’il soit trop tard, c’est aussi ça, l’avenir de notre jeunesse.

Henry David Thoreau disait que « la plupart des gens mènent une vie de désespoir silencieux. Ils partent dans leur tombe avec leur chant encore à l’intérieur d’eux-mêmes. » Notre ambition doit être exactement inverse : permettre à chacun de trouver sa voix et de chanter sa propre mélodie.

L’éducation ne devrait pas être une fabrique de conformisme, mais une fabrique d’individus libres, capables de transformer leur singularité en une contribution authentique au monde.

Et peut-être qu’en permettant enfin à notre jeunesse de chanter sa propre mélodie, la Martinique sera, elle aussi, capable de chanter la sienne ??? Qui sait ??

Leave a Reply

Discover more from BRECHE

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading