Ni accumulation, ni domination, la leçon politique des microparticules

(Ni pute ni soumise )Dans une étude publiée jeudi 6 août dans la revue Physical Review Letters, des chercheurs japonais dévoilent qu’ils ont découvert des mouvements inhabituels de microparticules. Yutaka Sumino et Kiwamu Yoshii, professeurs à l’Université des sciences de Tokyo, ont créé un système contenant plus de 10 000 particules colloïdes en polystyrène en suspension dans l’eau, confinées entre des électrodes transparentes.Top cool !

l’Université des sciences de Tokyo c’est un lieu où on croise les particules qui réussissent et les particules qui ne sont rien…

JE SUIS INFINIMENT PETIT

Dans l’expérience rapportée par GEO (le magasine), il y a trois propriétés particulièrement suggestives, les interactions deviennent non réciproques ; des unités qui ne se déplacent pas seules acquièrent une capacité de mouvement lorsqu’elles s’associent ; et surtout, les amas ne croissent pas indéfiniment comme des métastases, ils se fragmentent, se recomposent et produisent un « ordre dynamique » plutôt qu’une structure massive et stable. Des travaux plus généraux sur la matière active montrent d’ailleurs que la non-réciprocité peut produire des comportements collectifs très différents de ceux des systèmes à l’équilibre : séparation, mouvement collectif, structures dynamiques, agrégats instables, etc.

Du capitalisme comme agrégation à la société comme fragmentation/recomposition

Le capitalisme contemporain dans sa version tardive fonctionne largement selon une logique d’accumulation, capital rendement accumulation concentration pouvoir accru nouvelle accumulation. en gros, l’amas tend à grossir. L’entreprise absorbe l’entreprise, le capital attire le capital, la plateforme bénéficie des effets de réseau, le propriétaire accumule des actifs.

C’est précisément ce que Marx résumait par la concentration et la centralisation du capital. Les microparticules offrent l’image presque inverse, association émergence d’une capacité collective croissance fragmentation recomposition nouvelle association. L’objectif implicite du système ne serait alors plus de fabriquer le plus gros amas possible, mais de maintenir la capacité du système à circuler, se transformer et produire des configurations nouvelles.

Selon la traduction de Rousseau : “mais que, quant à la puissance, elle soit au dessous de toute violence, et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois ; et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre : ce qui suppose, du côté des grands, modération de biens et de crédit ; et, du côté des petits, modération d’avarice et de convoitise

Cela ressemble étonnamment à ce que pourrait être une économie sociale démocrate des communs (juste la base, rien de révolutionnaire).

Et surtout : « les gros n’exploitent pas les petits » l’asymétrie ne débouche pas nécessairement sur l’accumulation. C’est une distinction importante.

Une société post-capitaliste n’aurait aucune raison de supposer que tous les individus, territoires, collectifs ou institutions possèdent exactement la même puissance. Ce serait probablement impossible. La question politique pourrait plutôt devenir, comment empêcher qu’une différence de puissance se transforme en mécanisme cumulatif de domination ? Le problème du capitalisme n’est peut-être pas simplement que certains sont plus gros que d’autres. C’est qu’être gros donne davantage de capacité à devenir encore plus gros. (Ca va Bernard ?)

C’est la boucle cumulative qui est déterminante. Dans ce modèle métaphorique post-capitaliste, il pourrait exister des concentrations temporaires de ressources, de compétences ou de puissance. Mais au-delà d’un certain seuil, elles seraient redistribuées, fragmentées, essaimées. l’ordre n’exige pas nécessairement l’immobilité ni la concentration. Ces particules produisent au contraire un ordre qui demeure vivant parce qu’il se défait continuellement. Il se défait. Continuellement.

On pourrait en tirer une formule politique assez forte, Non plus accumuler pour survivre, mais s’associer, essaimer et se recomposer. Et si au fond “nous” ? avions construit notre économie sur une erreur de physique sociale, croire que toute organisation efficace doit nécessairement s’agréger, grossir et se concentrer ? Ces microparticules semblent esquisser une autre possibilité, un ordre sans centre permanent, où les ensembles se constituent lorsqu’ils sont utiles, acquièrent par leur coopération des propriétés qu’aucun élément ne possède seul, puis se fragmentent avant que l’agrégation ne devienne définitive.

Du coup, Je sentis naître en moi des lames de couteau.
Et plus violente retentit ma clameur.
Eiah !

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