Martinique inhabitable en 2040? Le grand déni

Non, personne ne peut sérieusement affirmer que la Martinique sera inhabitable en 2040… Mais c’est peut-être justement pour cette raison que le problème est mal posé. C’est vrai qu’ une île ne devient pas inhabitable du jour au lendemain. Son habitabilité se dégrade et se contracte, plus ou moins lentement. Un quartier manque plus souvent d’eau, alors on fait 3 petits tours d’eau et puis les marionnettes s’en vont. Une maison devient difficile à supporter avec la chaleur. Une route est régulièrement coupée. Un littoral recule. Une personne de 80 ans ne peut plus rester seule dans une maison isolée sans voiture, loin des commerces et des soins.

Le logement existe toujours. Mais peut-on encore raisonnablement y vivre ?

oui il y aurait 30 000 logements vacants, mais où et dans quel état? est il opportun de les rénover tous? Et plusieurs tendances vont désormais se rencontrer. La Martinique perd rapidement sa population selon le scénario central de l’Insee, elle passerait d’environ 369 000 habitants en 2018 à 286 500 en 2042. Mais, simultanément, 42 % des Martiniquais pourraient avoir plus de 65 ans.

Moins d’habitants, donc, mais davantage de besoins liés au vieillissement et proportionnellement moins d’actifs pour financer et entretenir routes, eau, assainissement, hôpitaux et services publics (dont le cout de fonctionnement ne va pas baisser). Moins de monde ce n’est pas moins de routes à entretenir… Pourtant nos finances publiques sont exsangues. Ajoutons le dérèglement climatique, sécheresses, chaleur, pluies extrêmes, érosion, submersion, mouvements de terrain… Conflits d’usage de l’eau. Combien de temps allons nous encore irriguer des bananes business ?

Et apparaît un paradoxe.

Demain, nous pourrions avoir encore moins d’habitants mais davantage de difficultés à se loger correctement, parce qu’une partie du parc sera mal située, dégradée, inadaptée au vieillissement ou davantage exposée aux risques naturels, refusés par les assurances… Pendant ce temps, les secteurs cumulant eau, sécurité, fraîcheur relative, transports, commerces et soins deviendront de plus en plus recherchés, de plus en plus bourgeois.

Soyons clairs, beaucoup de politiques publiques actuellement engagées vont dans la bonne direction, mais montrent pourtant leurs limites. Pourquoi est on toujours en train de constater des crises sans jamais les anticiper??

On répare les réseaux d’eau (on l’annonce). On réhabilite des logements (on voudrait bien, mais les bailleurs sociaux ne font RIEN).
Nous développons le TCSP (qui est toujours en grève). On rénove les bourgs.
Nous adaptons les infrastructures avec des rustines. Tout cela est indispensable. Mais réparer la Martinique d’hier n’est pas préparer celle de 2040. On voudrait l’économie bleue, mais la mer n’est pas un nouveau terrain de jeu pour l’économie néolibérale. Idem pour ce terme à gerber de “silver économie”.

Nous avons surtout des politiques de rattrapage, là où il faudrait désormais un véritable Plan Marshall de l’adaptation. Nous commençons à comprendre aujourd’hui, que les modèlisation du futur son beaucoup trop optimistes (et on ne les approche même pas). Il faudrait commencer par établir une carte de l’habitabilité future de la Martinique, croisant eau, chaleur, risques naturels, logements, vieillissement, transports, soins et services. Puis décider en conséquence avec le courage politique nécéssaire. où construire, où réhabiliter massivement, densifier, renforcer les réseaux et les transports… mais aussi où arrêter de construire et, parfois, organiser progressivement le retrait.

La Martinique ne sera probablement pas inhabitable en 2040. (Quoique.) Mais le danger est plus subtil :

que l’espace réellement sûr, accessible et soutenable pour y vivre se contracte progressivement sans que nous ayons organisé cette transformation.

Nous ne sommes même pas préparés collectivement aux risques majeurs…

Nous connaissons les risques la démographie. Nous connaissons l’état de nos infrastructures et la dégradation des écosystèmes.

Heureusement certains élus comme Catherine Conconne prennent le problème à bras le corps et valorisent la feeeeeeeettttee !!!

Ce qui manque désormais, ce n’est plus le diagnostic. C’est un projet territorial à la hauteur de ce diagnostic.

Leave a Reply

Discover more from BRECHE

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading