Désarmer le MEDEF en visant l’« euthanasie des rentiers* »

Le MEDEF réclame 100 milliards d’euros d’économies. L’homme aux deux prénoms veut taper fort sur l’Etat social ! Encourager ces feignasses de pauvres à retourner au boulot.

On a déjà connu ça. Toujours les mêmes cibles.

Les fonctionnaires. Les services publics. La protection sociale.
Les retraites.

Jamais les rentes. Qu’elles soient publiques ou privées. Pourtant, un détail dérange l’Equity story. Patrick Artus (économiste) rappelle dans le Monde (Journal autorisé) qu’historiquement, les politiques d’austérité n’ont pas réduit durablement le poids de la dette lorsqu’elles provoquent une récession. En Espagne, elles ont même d’abord aggravé le ratio d’endettement en détruisant davantage de PIB qu’elles n’économisaient de dépenses. C’est ballot !

Alors comment les grandes dettes publiques ont-elles réellement été résorbées ?

Après les deux guerres mondiales, de nombreux États ont eu recours à ce que les économistes appellent la répression financière : les banques centrales ont maintenu des taux d’intérêt volontairement inférieurs à l’inflation. Concrètement, la dette publique s’érodait progressivement en valeur réelle. Les créanciers continuaient d’être remboursés, mais une partie de leur rendement était absorbée par l’inflation. La collectivité évitait ainsi une austérité destructrice pour l’économie.

C’est dans ce contexte que John Maynard Keynes évoquait l’« euthanasie des rentiers* » non pas l’élimination des personnes (même si franchement c’est tentant), mais celle d’un système où la rente financière est sanctuarisée, quelles qu’en soient les conséquences sociales.

À chaque crise, une même logique revient pourtant. Socialiser les coûts.
Privatiser les gains. C’est même la base du truc. Quand il faut sauver les banques, soutenir les entreprises ou compenser les marchés, la dépense publique devient un investissement. Quand il faut financer l’école, l’hôpital, la justice ou les collectivités, elle devient soudain un fardeau.

Et si la véritable réforme consistait non pas à mettre les enseignants, les infirmiers, la flicaille ou les agents publics « au régime », mais à remettre enfin la rente au service de la société ? Putain franchement !

Le problème n’est peut-être pas un État qui coûte trop cher, mais peut-être un capital qui rapporte trop sans produire suffisamment.

Si cette réduction débile des dépenses exigée par le MAyDayffff freine durablement l’activité, elle peut compromettre l’objectif même de réduction du ratio d’endettement… C’est pas moi qui le dit, c’est un économiste plutôt solide.

La rente n’est pas une fatalité économique, c’est un choix politique.

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