Haute fonction publique en Martinique : rendre visible ce que la République paie, pour qui, et selon quels critères.

Marianne, ils l’ont tous à la bouche. La République et son arc bien bandé.

Pour rappeler les devoirs.
Pour exiger l’ordre, l’ordre, l’ordre ! Sermonner les citoyens. Expliquer aux plus pauvres qu’il faut faire des efforts. “Il y a aussi des comportements à changer.” Etienne DESPLANQUES Préfet.

Très bien.

Mais puisque nous parlons République, parlons aussi facture, parlons dépense publique. Le blé le pognon le flouze la Moula …

Combien coûte réellement la très haute fonction publique en Martinique ? Oh pas le salaire officiel présenté proprement sur une grille abstraite théorique.

Le coût complet. (la formule, entrée, plat, dessert et digeo )

Traitement. Primes. Indemnités. Logement de fonction. Véhicule. Chauffeur. Frais de représentation. Protection. Avantages en nature. Tout ce qui permet à certains de vivre très loin du quotidien de ceux qu’ils administrent.

Ce n’est pas du voyeurisme. Pas non plus du populisme. Non, c’est pragmatique et vital. C’est l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :

« La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. »

Demander compte“, c’est pas applaudir les grands discours républicains. Les coups de mentons, les déclarations lyriques, les appels à la mobilisation, les petites mains envoyées au combat, les flics, les éducateurs de rue, les travailleurs sociaux, les infirmières ! Pasqueuuuu c’est noootre projaiiiiii !

C’est demander combien ? pour qui ? pourquoi ? selon quels critères ? Et pour quel bilan? “Demander compte“, c’est d’une certaine manière siffler la fin de la partie. C’était chouette, buffet à volonté, on a pas fait gaffe, on a un peu abusé… ok. C’est la gueule de bois.

Quand on roule sous escorte (attention pas les escorts façon Strauss Kahn),

quand on est logé par la fonction, quand les repas, les déplacements et les réceptions passent dans les frais, quand les enfants grandissent dans des sphères protégées, peut-on encore vraiment sentir le prix d’un plein, d’un loyer, d’un caddie ou d’une consultation médicale ? Peut on appréhender la question du transport public de l’éducation ou de l’accès aux soins dans un territoire malade dans lequel on a pas de draps pour accueillir un patient psy au Pôle Nord de Mangot Vulcin ? Peut on comprendre les enjeux de l’accès à la culture quand on est invité open bar partout et tout le temps?

La République ne peut pas être une leçon pour les pauvres, ceux qui ne sont rien et un confort discret pour ceux qui ont réussi.

Mais attention, c’est pas ici un plaidoyer républicain ! C’est juste une demande d’application à minima des principes fondateurs d’un Etat incapable par essence de remplir sa mission, prendre soin des humains, et défendre l’intérêt général.

En Martinique, où la vie indigne et le coût de la prédation économique est une violence quotidienne, la transparence des très hautes rémunérations publiques devrait être une évidence démocratique. Rendre visible ce que la République paie, pour qui, et selon quels critères.

Parce que l’argent public n’est pas un mystère d’État.

C’est l’argent des citoyens pour accomplir une mission.

Leave a Reply

Discover more from BRECHE

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading