Les palestiniens, ces “gens qui ne sont rien”

be’hira , mérite et légitimation des inégalités

Il ne s’agit pas ici de condamner une religion en particulier, la foi, ni les textes sacrés, mais d’interroger leur lecture et leur interprétation humaines.

Le problème ne réside pas nécessairement dans l’idée spirituelle “d’élection“, mais dans ce que les sociétés, les pouvoirs et les hommes peuvent en faire lorsqu’ils la transforment en privilège, en supériorité ou en justification de la domination.

Dans le judaïsme, nivḥar ou be’hira “l’élection” (terme historiquement discuté) peut être comprise comme une alliance, une charge, une responsabilité. Être un “peuple” élu ne signifierait pas être supérieur mais être tenu à davantage d’exigence, voire même, si on pousse le bouchon plus loin, avoir pour ultime finalité d’être une sorte de COVID 19 vertueux, une mission de se répandre pour ne former à terme qu’un “peuple-chéri “.

Mais lorsque cette élection est relue humainement dans un lamentable contresens comme un droit particulier, une préséance, une légitimité supérieure à occuper la terre, le pouvoir ou l’Histoire, et au fond une sorte de pureté à préserver elle devient un récit tragique de domination.

La méritocratie occidentale fonctionne au fond selon un mécanisme comparable. Elle ne dit pas « Dieu nous a choisis. », mais « Nous avons réussi parce que nous le méritons. » Parce qu’on le “vaut bien !” Comme chez L’Oréal. (attention il y a du placement de produit)

Mais dans les deux cas, une position privilégiée peut être relue comme une preuve de valeur. Le riche ne serait pas seulement riche, il aurait mérité sa richesse. Le diplômé ne serait pas juste diplômé, il vaudrait davantage.

Ainsi, la domination serait elle naturellement légitime, faisant fi de toutes les sortes d’inégalités, de tous les aléas et de toutes les interdépendances.

Et, par symétrie, celui qui échoue devient suspect. Le pauvre devient un assisté, l’étranger un coût à rembourser (voir ce qu’il se passe en GB) avec les réfugiés.

Le dominé devient un obstacle et le frère devient un inférieur. Violence symbolique?

C’est là que Bourdieu intervient, les institutions ne se contentent pas de classer les individus. Elles transforment des héritages sociaux en mérites personnels, puis ces mérites en légitimité. La violence symbolique commence lorsque les dominants peuvent croire sincèrement qu’ils ne dominent pas ils seraient simplement meilleurs, plus méritants, plus civilisés, plus modernes, plus rationnels.

Alors l’inégalité cesse d’apparaître comme un scandale pour devenir un ordre.

L’exclusion, elle, cesse d’apparaître comme une violence et les peuples, les classes ou les individus placés du mauvais côté de l’Histoire sont sommés de se taire, de s’adapter, de disparaître symboliquement parfois matériellement comme à GAZA.

Qu’il s’agisse d’un peuple face à un autre peuple, d’une nation face à ceux qu’elle appelle « ceux qui ne sont rien », ou d’une classe privilégiée face aux « inutiles », le même mécanisme peut se rejouer, un récit supérieur vient justifier l’abaissement de l’autre. Les palestiniens sont des gens qui ne sont rien il leur est à présent demandé de traverser la mer à destination de la Somalie, comme à d’autres de traverser la rue. Macron, Netanyahu… même combat?

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