Violeur ou manifestation écologiste à Sainte-Soline : qui la justice sanctionne-t-elle le plus sévèrement ?

Deux décisions de justice. Deux signaux politiques. Une question dérangeante.

Deux décisions de justice. Deux signaux politiques. Une question dérangeante.

Dans la première affaire, Laurent Bigorgne, ancien directeur de l’Institut Montaigne, a été condamné définitivement à 12 mois de prison avec sursis et 2 000 € d’amende.

Le tribunal a retenu qu’il avait administré de la MDMA à une collaboratrice « afin de commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle ».

Il n’a pas été condamné pour viol ni pour tentative de viol, mais pour administration d’une substance nuisible avec cette intention sexuelle expressément retenue par le tribunal. Il a également été étonnamment dispensé d’inscription au FIJAIS et au bulletin n°2 du casier judiciaire. Alors que :

Administrer une substance pour préparer un viol, même si le viol n’est pas établi.

  • C’est le délit prévu par l’article 222-30-1 du Code pénal.
  • Peine encourue : 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (7 ans et 100 000 € dans certains cas aggravés).

Dans la seconde affaire, plusieurs organisateurs de la manifestation contre les mégabassines de Sainte-Soline ont été condamnés à des peines allant jusqu’à six mois de prison avec sursis, avec interdiction de port d’arme pendant cinq ans et restriction de territoire. Bien sûr, les infractions ne sont pas les mêmes. Les qualifications pénales diffèrent. Les dossiers aussi.

En février et mai 2026, Julien Le Guet a été condamné par deux fois pour avoir organisé les rassemblement « anti-bassine » dits « de sainte Soline 1 » (29 et 30 octobre 2022) et de « la grillade party » (le 2 octobre 2022). Les faits qui lui ont été reprochés : « participation à un groupement, menace de destruction, vol d’une pelle (déchet sur un chantier) et des inscriptions (au marqueur effacable) sur un panneau ». Et cela, alors que la bassine de Sainte-Soline a été jugée illégale par le tribunal administratif de Bordeaux en décembre 2024, en raison de la présence de l’outarde canepetière, une espèce emblématique en voie de disparition. 

Mais c’est précisément là que le trouble commence.

Quand une soumission chimique avec intention sexuelle retenue par un tribunal aboutit à 12 mois avec sursis, et que l’organisation d’une manifestation écologiste aboutit à 6 mois avec sursis, que comprend le citoyen ?

Que l’atteinte au corps d’une femme et la contestation d’un projet agricole contesté entrent dans une échelle de sanctions presque comparable ?

Que la justice sait individualiser les peines, mais peine parfois à rendre lisible la hiérarchie des gravités ? On peut défendre l’indépendance des juges tout en interrogeant le message social produit par la multiplication des procédures-bâillons.

Car une justice ne se contente pas de condamner. Elle raconte aussi ce qu’une société considère comme grave, prioritaire, menaçant. Au moment ou la France se liquéfie sous la chaleur caniculaire…

Et dans cette histoire, une question demeure :

la justice sanctionne-t-elle plus sévèrement la violence faite aux corps ou la contestation faite à l’ordre établi ?

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