L’Étrange Défaite… de Bruno Retailleau

Entretien avec Louis (vu et s’en tape) Sarkozy

Louis Sarkozy, fils de … vous savez, a lancé avec le média digital 21News (encore 1) un podcast intitulé “En toute liberté” fallait oser. Le concept, “une conversation d’une bonne heure avec une personnalité de premier plan”. Premier invité de marque : Bruno Retailleau Au bout d’environ cinq minutes trente, une petite perle, le fou du Puy cite sa dernière lecture, L’Étrange Défaite de Marc Bloch.

Marc Bloch. Historien majeur. Cofondateur de l’école des Annales. Résistant. Fusillé par les nazis en 1944.

Et voilà que l’identitaire sympathisant du groupe NEMESIS, Retailleau brandit L’Étrange Défaite comme une arme contre la “paperasserie”, la “bureaucratie”, l’administration supposément paralysante.

C’est là sa propre étrange défaite : transformer un texte de lucidité, écrit dans l’effondrement de 1940, en petit carburant politicien contre l’État administratif.

Marc Bloch ne détestait pas l’État. Il détestait l’aveuglement.

Il ne dénonçait pas l’administration pour flatter le ressentiment anti-bureaucratique. Il analysait la faillite d’élites incapables de penser le monde qui venait : généraux enfermés dans la guerre d’hier, responsables politiques paralysés, institutions figées, société sans audace.

Il ne disait pas : “détruisons l’État”, mais, comprenons pourquoi l’État, l’armée, l’école, les élites, la démocratie, ont failli.

Ce n’est pas un manuel de détestation administrative. C’est un appel à l’intelligence collective. Marc Bloch croyait à l’éducation, à la raison critique, au savoir, à la réforme des institutions. Il voulait une France plus lucide, plus démocratique, plus responsable. Pas une France recroquevillée sur un roman national, une identité figée et une obsession de l’ordre.

C’est là que le contresens devient presque obscène.

Car Retailleau ne critique pas les élites pour rouvrir l’avenir. Il les critique pour restaurer un ordre ancien. Il ne combat pas l’aveuglement nationaliste : il en reprend trop souvent les réflexes. Il ne cherche pas une France plus intelligente : il parle à une France inquiète, crispée, travaillée par la peur de disparaître.

Le même Retailleau qui, interrogé sur la “créolisation”, y voit une stratégie de chaos, de désordre, d’effacement de “ce que nous sommes”, aurait peut-être dû lire Bloch un peu plus longtemps. Car Marc Bloch savait que les nations ne sont pas des essences pures. Il savait que l’histoire est faite de circulations, de brassages, de conflits, d’héritages mêlés. Il savait que la France ne se comprend pas en vase clos, mais dans une histoire européenne, mondiale, humaine.

Bloch n’était pas le gardien d’une identité immobile. Il était l’historien d’un monde en mouvement. La droite identitaire ne peut s’en réclamer qu’en le trahissant.

C’est d’ailleurs pourquoi sa famille a tenu, au moment de sa panthéonisation, à rappeler que son héritage ne pouvait pas être récupéré par l’extrême droite. Marc Bloch avait signé l’appel des intellectuels antifascistes en 1934. Il fut républicain, patriote, résistant, profondément anti-nationaliste.

Alors non, L’Étrange Défaite n’est pas un slogan contre les formulaires Cerfa.

C’est un texte contre la médiocrité des élites, contre l’incapacité à penser le réel, contre la paresse intellectuelle, contre les conservatismes qui conduisent les peuples au désastre.

En vérité, l’étrange défaite n’est pas celle que Retailleau croit pouvoir invoquer.

Elle est dans ce geste même : prendre Marc Bloch, résistant fusillé par les nazis, pour en faire l’auxiliaire d’un discours identitaire et anti-administratif de plateau.

Au fond, ce genre de récupération mémorielle, c’est un peu comme allumer sa cigarette avec la flamme du Soldat inconnu.

Ça éclaire peut-être une seconde.

Mais surtout, ça dit tout de celui qui tient le briquet.

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