Alerte blanchiment : une initiative salutaire… mais un contenu qui valait parfois son pesant de cacahuètes.
J’ai assisté ce jeudi 25 juin à la conférence « Alerte Blanchiment » organisée au Palais des Congrès de Madiana.
Sur le principe, il faut le dire : l’initiative mérite d’être saluée. Il y a du boulot.
Réunir dans la même salle banques, assurances, notaires, commissaires de justice, avocats, services de sécurité, magistrats du parquet et procureur général, c’est nécessaire. La lutte contre le blanchiment ne peut pas se faire en silos. Elle suppose du dialogue, de la coopération, de la confiance, et une meilleure compréhension mutuelle des risques.
Mais sur le contenu, soyons honnêtes, pas grand-chose de nouveau sous le soleil.
Quelques interventions techniques intéressantes des services de sécurité.
Beaucoup de banalités et de frivolité dans les tables rondes.
Et quelques anecdotes du parquet, et d’une intervenante plutôt chouette de TRACFIN, façon « le blanchiment pour les nuls » : les techniques classiques, les signaux faibles, les montages douteux, les opérations atypiques chez les notaires, les commissaires de justice.
Bref, utile pour rappeler les bases. Moins convaincant pour penser les failles profondes du système, construire une véritable police administrative de proximité, fondée sur des liens humains de terrain, du dialogue régulier, de la formation concrète, du renseignement bienveillant continu. Des interlocuteurs identifiés. Des échanges simples. Des retours d’expérience. Une confiance exigeante, mais réelle (bon ça a été vaguement évoqué).
Au lieu de cela, on laisse les professionnels seuls pendant des années avec des obligations complexes, puis l’on envoie périodiquement la CRS 8 administrative : contrôle massif, injonctions, menaces, sanctions, formulaires, procédures, peur. Vous saviez que vous pouviez être attaqués pour complicité?
Ce n’est pas une politique de prévention. C’est une politique de défiance.
Deux moments, en revanche, furent particulièrement révélateurs.
Le premier, lorsque la profession notariale, face aux exemples évoqués par le procureur, a semblé se refermer façon tortue romaine.
Réaction quasi unanime et solidarité corporatiste hyper touchante :
« Nous faisons tout bien. »
« Nous sommes des professionnels. »
« Nous procédons à énormément de vérifications avant de passer les actes. »
Très bien. Mais cette posture défensive oublie un peu vite que les professions réglementées ne sont pas seulement des victimes potentielles des fraudeurs : elles peuvent aussi, parfois, devenir les points de passage indispensables de montages contestables.
En Martinique, l’affaire Pinto devrait pourtant inviter à un peu plus d’humilité collective. Lorsqu’une prescription acquisitive douteuse peut prospérer sur plus d’un hectare, la question n’est pas de jeter l’opprobre sur toute une profession. La question est de comprendre comment un système supposé sécurisé peut laisser passer l’anormal.
Le second moment fort est venu du Crédit Agricole.
La banque a rappelé, avec beaucoup de zèle, sa vigilance à l’égard des opérations suspectes, son engagement dans la détection, son rôle actif dans la remontée des signalements.
Très bien là aussi.
Mais il y a quelque chose d’étrange à entendre une banque faire la leçon sur la vigilance externe en oubliant la menace interne.
Car le Crédit Agricole vient précisément d’accepter une transaction de 88,2 millions d’euros avec le Parquet national financier dans le cadre de l’affaire CumCum, via une convention judiciaire d’intérêt public liée à des faits de blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée. Autrement dit pendant que les petites professions de terrain sont invitées à redoubler de vigilance sur le client suspect à grand renfort de menaces et de sanctions, les grandes structures financières rappellent qu’elles disposent, elles aussi, de zones d’ombre très organisées, très techniques, très rentables.
C’est peut-être cela le vrai sujet. La lutte anti-blanchiment ne peut pas être seulement une pédagogie descendante, où les institutions expliquent aux professionnels comment repérer le petit montage grossier.
Elle doit aussi regarder les angles morts du haut ceux qui font très mal aux finances publiques, les grandes banques, les habitudes de place, les silences corporatistes, les conflits d’intérêts du grand capital.
Alors oui, bravo pour l’initiative.
Mais la prochaine étape devra être plus courageuse moins de catéchisme réglementaire, moins d’autosatisfaction professionnelle, et davantage de lucidité sur les failles réelles du système… et une vraie motivation militante pour l’intérêt général. mais est-ce seulement possible ? Notre garde des sceaux n’est-il pas lui même mis en cause dans une affaire de trafic d’influence pour faveurs sexuelles?
À force de confondre conformité et prévention, l’État fabrique une bureaucratie du soupçon, qui épuise les honnêtes sans nécessairement inquiéter les plus habiles.
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