A quoi sert la CRESS Martinique ?

Quand l’ESS devient une vitrine institutionnelle, elle cesse d’être une alternative.
Or sa vraie vocation n’est pas de verdir le capitalisme, mais de préparer sa sortie.

La CRESS Martinique dans son dernier avatar ressemble encore trop souvent à une organisation fantôme. Non pas parce qu’elle n’existe pas administrativement. Mais parce qu’elle semble absente là où elle devrait être brûlante, visible, dérangeante.

Et c’est peut-être cela le plus triste, ce gâchis de moyens, d’énergie, d’espérance collective. Une institution censée ouvrir des pistes vers une économie postcapitaliste, mais qui finit par brouiller les pistes. Une rustine sur une jambe de bois.

Car le postcapitalisme ne commencera pas dans un petit cocon sympathique, en marge, gentiment, sans faire de bruit. Parce que les potos… “The revolution will not be televised” comme le clame si justement Gil Scott heron

Le postcapitalisme devra nous sortir les doigts du cul !

Il devra déranger.
Il devra exposer.
Il devra perturber.
Il devra rendre visible la fierté de celles et ceux qui auront le courage immense de cesser d’être capitalistes.

Pas en changeant de logo. Pas en ajoutant une feuille verte sur une plaquette.
Pas en parlant de “valeurs” entre deux appels à projets. Pas en repeignant le vieux monde en vert pâle. Et surtout pas en parlant de RSE.

Mais en acceptant trois ruptures simples et vertigineuses :

Produire moins, mais produire utile.
Gouverner autrement, avec les travailleurs, les usagers et le territoire.
Mettre l’intérêt général au-dessus de la rentabilité.

C’est là que l’ESS redevient dangereuse. Qu’elle redevient PUNK !

Non pas une niche sympathique pour technicien zélé..
Non pas une économie de réparation des dégâts du capitalisme.
Non pas le service après-vente social d’un système qui détruit et qui arnaque.

Mais une matrice de sortie.

Une économie qui ne demande pas poliment sa place dans le monde ancien.
Une économie qui prépare le monde d’après. Une économie qui met les mains dans ta poche et sur ta gorge si tu es auvergnat. Et en Martinique, territoire saturé par les rentes, les dépendances, les monopoles, les importations, les inégalités et les héritages coloniaux, cette question n’est pas théorique.

Elle est vitale.

L’ESS ne devrait pas être un décor pour technocrates.
Elle devrait être une insurrection tranquille, organisée, démocratique, territoriale.

Une manière collective de dire, nous ne voulons plus seulement réparer les ruines, subir vos conneries.
Nous voulons cesser de les produire… on reprend la main !

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