Il parle la langue de la peur qui émane des colons.
Cette peur ancienne, transmise de génération en génération, qui transpire et voit dans chaque peuple debout une menace, dans chaque revendication de justice un désordre, dans chaque demande de réparation une insurrection possible. Bouuuuuhhhh !!!
À Waan Yaat, en Kanaky, (merci France Inter) cette peur a parlé la langue du fusil. Des Kanak sont tombés. La rivière était rougie par la haine.
Les tueurs ont pourtant été acquittés pour … légitime défense par … anticipation. En gros, vous êtes désarmés, on vous tend une embuscade avec préméditation dans un rapport de force disproportionné, on ne vous laisse que peu de chance de survie, et plus tard au tribunal on pousse des cris d’orfraie en invoquant la peur, l’abandon de l’Etat, et la menace potentielle d’exaction pour exiger la clémence pour avoir abattu de sang froid, à bout portant, des combattants de la liberté à titre préventif… et putain de bordel de Dieu … ça fonctionne !!
Aux Antilles, avec le chlordécone, cette peur a parlé la langue plus lente du pesticide, de la dérogation, du rapport administratif, de la prescription, du non-lieu. Du non-lieu … du non-lieu… il faut répéter les mots lentement pour que l’esprit s’en imprègne.
Les sols sont contaminés.
Les corps sont contaminés.
Les générations futures sont exposées. L’autonomie alimentaire est en jeu.
Mais les cupides coupables deviennent introuvables par prescription. Les habiles commerçants agricoles financièrement motivés par l’agression potentiellement mortelle du diabolique charançon ont déployé des torrents d’habileté politico-mafieuse pour obtenir “quoiqu’il en coute au reste du vivant” des dérogations Duplomb “légitime défense préventive” radicalement délétères. Pffffffffffffff Indigeste.
Dans les deux cas, la République des Affranchis (en pleine coupe du monde) se présente comme arbitre.
Mais elle n’est pas neutre. Bah non. Et si on avait la (VAR) l’assistance vidéo à l’artirage… On assisterait à un véritable carnage judiciaire au sein de la caste dominante. Mais en Martinique c’est pas comme en Inde, les Dalits sont bien précaires, mais les Vaishyas, eux, restent paradoxalement “intouchables”.

La République protège un ordre, une propriété.
Elle protège une filière, une mémoire coloniale qui refuse d’être jugée. Des intérêts privés, organisés.
L’État français ne parle pas créole, parce que parler créole ici voudrait dire entendre les corps, les terres, les morts, les mères, les enfants, les pêcheurs, les ouvriers agricoles, les vivants qui vivent avec les conséquences, le VIVANT. Mais l’Etat en est incapable par essence. C’est “Merluche” qui avait bien raison en poussant son cri du Coeur… “La République c’est moi” oh combien il avait raison le jean-Luc.. “La république par essence c’est jamais “NOUS” c’est toujours l’expression du rapport de force d’un “MOI” organisé.
L’Etat rendu si timide dans les pays des océans, par une mauvaise conscience historiquement ancrée, ou plutôt par une lucide conscience des enjeux, préfère parler la froide et souple langue du droit quand il faut excuser les puissants. Le droit comme le roseau plie mais ne rompt pas, il autorise sans trop de peine le triomphe au puissant et la déroute du faible encasté.
La langue de la complexité quand il faut nommer les responsables.
La langue de la prescription quand il faut enterrer les crimes lents.
Mais “NOUS” savons traduire. “NOUS” parlons le français.
Quand l’État dit : “non-lieu”, NOUS entendons : impunité, connivences, irresponsabilité.
Quand il dit : “difficulté de preuve”, nous entendons : protection des intérêts privés organisés.
Quand il dit : “ordre public”, nous entendons : peur coloniale.
Quand il dit : “République”, nous demandons : pour qui ?
Le chlordécone n’est pas seulement un scandale sanitaire. C’est un état d’esprit, un système, la confirmation qu’il n’est pas d’Etat viable. Et à celles et ceux qui en doutent encore aujourd’hui si c’est possible, comment ne pas dresser un parallèle sordide entre cette impunité triomphante prescrite chlordéconée et cette nouvelle tragédie DUPLOMB, charançon contre jaunisse au moment même où l’Inrae démontre que cultiver sans pesticides tout en conciliant rendement et performance économique, “c’est possible” : une étude expérimentale, menée pendant dix ans sur neuf sites en France et qui montre “un potentiel prometteur“.
Waan Yaat n’est pas seulement une tragédie historique. Pas un tragique accident.
Ce sont deux révélateurs d’une même structure :
un État colonial qui protège les héritiers de l’ordre colonial contre les peuples qu’ils ont abîmés. Un Etat par essence syndic d’intérêts privés organisés, forcément structurés contre l’intérêt général, un Etat incapable de défendre l’intérêt de tous contre l’intérêt de quelques uns. Un Etat tout puissant devenu nuisible, un Etat “Patrick Bruel” livré à ses pulsions.
Et tant que cette vérité ne sera pas dite tant que ces mots ne seront pas intégrés par chacun.nes d’entre “NOUS”, il n’y aura ni justice, ni réparation, ni paix véritable. A défaut le “Noir des pays des océans” est condamné à se mordre et à mordre. “Quand il arrive au Noir de regarder le Blanc farouchement, le Blanc lui dit : « Mon frère, il n’y a pas de différence entre nous. » Pourtant le Noir sait qu’il y a une différence. Il la souhaite. Il voudrait que le Blanc lui dise tout à coup : « Sale nègre. » Alors, il aurait cette unique chance — de « leur montrer!!!… ».
Mais le plus souvent il n’y a rien, rien que l’indifférence, ou la curiosité paternaliste. l’ancien esclave exige qu’on lui conteste son humanité, il souhaite une lutte, une bagarre. Mais trop tard ” Frantz FANON Peaux noires masques blancs
Et bien Frantz, c’est l’heure de gloire qui est arrivée ! Car c’est bien l’humanité de toute une population et donc l’HUMANITE toute entière, qui est contestée par ce NON LIEU.
Car il y a des volcans qu’aucune dorsale n’a jamais repérés
et dont de nuit les rancunes se construisent
il y a des volcans dont l’embouchure est à la mesure
exacte de l’antique déchirure.

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