Le piège : l’ESS comme économie de réparation

Le capitalisme casse. Puis l’ESS répare. Le marché exclut.

Puis l’ESS réinsère. La grande distribution détruit le local. Puis l’ESS fait des circuits courts militants. La finance concentre.

Puis l’ESS organise des micro-projets solidaires. Résultat, l’ESS apparaît comme l’infirmerie du capitalisme, pas comme son alternative.

Elle soigne les plaies, mais elle ne semble pas capable de prendre le pouvoir économique.

Et c’est là que l’imaginaire est perdu.

Parce qu’une jeunesse, un entrepreneur, un salarié ambitieux, un territoire, une famille, une classe moyenne inquiète ne se projettent pas forcément dans une économie qui semble dire :

“Viens chez nous, on gagne moins, on galère plus, mais on a des valeurs.”

Ce n’est pas sexy.

C’est moralement noble, mais politiquement faible.

L’ESS a un problème de désir

Le capitalisme vend du désir. Du pipeau.

Il vend réussite ; puissance ; liberté ; vitesse ; statut ; beauté ; confort ; ascension ; reconnaissance.

L’ESS vend souvent, sobriété ; solidarité ; gouvernance ; utilité sociale ; inclusion

impact ; coopération. cela est juste. Mais pas assez incarné.

C’est pas assez sexy.

Ce n’est pas assez conquérant ou visible. Ce n’est pas assez “je veux en être”. En fait je demande la permission.

Et pourtant, au fond, l’ESS pourrait vendre beaucoup plus fort reprendre le pouvoir sur la vie économique. ne plus être un pion.
travailler sans se vendre. entreprendre sans trahir. gagner sa vie sans détruire le monde. être propriétaire collectivement de son outil de travail.
rester libre face aux fonds, aux banques, aux héritiers, aux prédateurs. C’est peu et c’est beaucoup, un peu comme jouer du piano debout.

Ça, c’est puissant.

Mais ce récit-là est rarement porté.

L’ESS institutionnelle façon CRESS s’est trop administrée

Elle parle souvent comme un dossier de financement.

Elle dit “innovation sociale”, “parties prenantes”, “territoire”, “impact”, “gouvernance”, “transition”, “utilité sociale”. Ce sont des mots justes, mais usés.

Ils ne brûlent plus. Ils ne dérangent plus. pas envie de se lever le matin.

Ils sont devenus le langage des appels à projets, des CRESS, des rapports, des séminaires, des cabinets, des collectivités. L’ESS voulait transformer l’économie.

Elle s’est parfois transformée en langue administrative de la gentillesse économique.

Et pourtant, le besoin est immense

Ce n’est pas l’idée ESS qui est morte. C’est sa mise en scène.

Car partout, les gens cherchent autre chose, ne plus subir des managers absurdes ; ne plus travailler pour enrichir des actionnaires invisibles ; ne plus dépendre de plateformes ; ne plus voir leur territoire vidé ; ne plus être remplacés par des logiques financières ; ne plus vendre leur temps contre une fatigue sans sens ; ne plus vivre dans une économie qui transforme tout en marchandise.

l’ESS devrait être explosive. Déranger.

Elle devrait être le mot de ralliement de tous ceux qui disent “Je veux travailler, entreprendre, produire, mais je ne veux plus être capitaliste.”

Mais elle n’apparaît pas ainsi. Oh non.

Elle apparaît comme un secteur. Alors qu’elle devrait apparaître comme une rupture de civilisation économique.

La vraie erreur : avoir laissé croire que l’ESS était un sous-secteur

L’ESS ne devrait pas être présentée comme “un secteur à côté de l’économie normale.” Elle devrait être présentée comme l’économie normale d’un monde qui veut survivre.

Pas l’économie des pauvres. Pas l’économie des subventions ni l’économie des convaincus.

Pas l’économie des gentils.

Mais l’économie de ceux qui ont compris que l’ancien modèle est fou.

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